Dans les années 1950, Venini s’impose comme un laboratoire majeur du verre moderne. Héritières des expérimentations menées durant l’entre-deux-guerres, les collaborations artistiques et les recherches techniques donnent naissance à des formes audacieuses, lumineuses et polychromes.

Tout en confiant la direction artistique de son entreprise à Carlo Scarpa en 1934, Paolo Venini (1895-1959) s’engage lui-même dans la création dès cette période. Le célèbre vase Diamante, produit entre 1934 et 1936, témoigne de cette implication directe. Cette volonté d’explorer de nouvelles voies se traduit également par l’ouverture de l’atelier à des artistes extérieurs. En 1938, Venini invite la céramiste suédoise Tyra Lundgren (1897-1979) à concevoir une collection d’objets et d’animaux en verre, transposant dans ce matériau translucide la fantaisie et la liberté de son univers décoratif.

Après la guerre, cette dynamique s’amplifie et les collaborations se multiplient. Elles encouragent de nouvelles recherches chromatiques ainsi qu’une réinterprétation inventive des techniques traditionnelles du filigrane et de la murrine. Les objets gagnent en luminosité, en contraste et en audace formelle.

Dans ce contexte, Paolo Venini invite à plusieurs reprises l’architecte et designer milanais Gio Ponti (1891-1979) à créer, entre 1946 et 1948, des séries de vases et de bouteilles en verre soufflé à cannes de couleurs alternées. Leurs silhouettes élancées et leur polychromie vibrante traduisent une élégance à la fois graphique et légère. Le peintre Riccardo Licata (1929-2014) réalise également des vases traversés d’une bande centrale de murrines colorées, véritables mosaïques de verre qui prolongent son univers pictural.

Par ailleurs, Paolo Venini s’implique plus étroitement encore dans la création. Il développe plusieurs modèles d’objets en recourant aux techniques du filigrane à résille (mosaico tessuto) ou torsadé (mosaico zanfirico), ainsi qu’avec des points de murrines (puntini a murrine). Par la maîtrise des rythmes et des couleurs, il renouvelle et modernise ces procédés séculaires.

Enfin, la collaboration la plus marquante de la décennie est celle du graphiste et illustrateur milanais Fulvio Bianconi (1915-1996). Ses figurines, ses animaux stylisés et surtout ses vases aux motifs polychromes audacieux (Macchie, Tesserae pezzati, fasce orizzontali e verticali, Scozzesi) incarnent pleinement l’esprit d’innovation de la verrerie Venini. Par leurs silhouettes parfois asymétriques et leurs décors éclatants, ces œuvres font de l’atelier l’un des foyers majeurs du renouveau du verre italien dans les années 1950.