Moins connue que les précédentes, la verrerie Arte Vetraria Muranese, dite A.Ve.M., produit pourtant, dans les années 1950, des objets d’art en verre d’une grande originalité, grâce à l’inventivité de Giulio Radi, Aldo Nason, Giorgio Ferro et Anzolo Fuga.
Fondée en 1932 par Galliano Ferro, Emilio Nason et Antonio Luigi Ferro, avec les fils de ce dernier, Ottone et Egidio, l’entreprise se distingue d’abord peu de ses concurrentes. Sa production demeure proche de celle des autres verreries de l’île et, bien qu’inscrite dans les tendances contemporaines, son premier catalogue révèle peu d’innovations.
La situation évolue à partir de 1940, lorsque Giulio Radi (1895-1952) entreprend un important travail d’expérimentation technique et chimique. Il superpose des couches de verre de compositions différentes, enrichies de feuilles d’or ou d’argent immergées, afin d’obtenir des tonalités subtiles et inédites. Si la guerre interrompt ses recherches, elles reprennent en 1947, lorsqu’il devient officiellement associé de l’entreprise.
Après sa mort prématurée en 1952, la production de verreries décorées de feuilles d’or et d’argent se poursuit sous la direction d’Aldo Nason (1920-2017), fils d’Emilio Nason, cofondateur de la manufacture. D’abord chargé de souffler et d’exécuter les modèles conçus par Radi, il développe progressivement ses propres créations. Lorsqu’il quitte A.Ve.M. en 1967, il fonde sa propre verrerie, Vetri Artistici Aldo Nason, où il continue à produire ce type d’objets, notamment le vase Yokohama.
En 1951, Giorgio Ferro (1931-2001) rejoint à son tour l’entreprise familiale. S’il y crée plusieurs modèles, il demeure surtout connu pour la série Anse Volanti (1952). Ces vases sculpturaux, aux parois épaisses mais aux lignes fluides, se caractérisent par une large anse obtenue grâce à des perforations intégrées à la forme. Généralement monochromes, ils présentent une irisation mate, parfois soulignée par l’application de cannes d’aventurine.
La même année débute la collaboration avec Anzolo Fuga (1914-1998). D’abord informelle, elle naît de sa recherche d’ateliers capables de produire les éléments soufflés qu’il transforme ensuite en panneaux pour ses vitraux. Séduite par son talent de dessinateur, A.Ve.M. intègre certaines de ses créations à ses catalogues. La production demeure toutefois limitée, Fuga renouvelant sans cesse formes et propositions, souvent uniques.